Sommaire
Introduction
La concurrence déloyale, fondée sur l’article 1240 du Code civil, est parfois perçue comme une action généraliste, dont la mise en œuvre peut s’avérer délicate en raison de l’exigence de démonstration d’une faute, d’un préjudice et d’un lien de causalité.
Cette souplesse, souvent critiquée, constitue néanmoins sa principale force : la concurrence déloyale demeure presque toujours mobilisable, dès lors qu’il existe une atteinte au jeu normal de la concurrence et ce, indépendamment du domaine concerné.
Les limites fonctionnelles des procédures classiques selon la configuration du litige
-
Le droit des marques
Le droit des marques constitue un instrument central de protection des signes distinctifs. Il repose toutefois sur l’existence de droits antérieurs valides, enregistrés et opposables, ainsi que sur une analyse structurée autour des produits et services visés.
Or, la pratique contentieuse révèle de nombreuses situations dans lesquelles ces conditions ne permettent pas d’appréhender efficacement les atteintes numériques.
Certains noms de domaine exploitent en effet des signes non déposés tandis que d’autres litiges impliquent des opérateurs se situant en dehors du champ de spécialité couvert par la marque, tout en tirant indûment profit de la valeur économique du signe.
De plus, l’action en concurrence déloyale présente l’avantage de ne pas subordonner la protection à la distinctivité du nom de domaine. Elle permet de sanctionner l’usage fautif d’un nom, dès lors qu’il produit un effet économique négatif sur un opérateur concurrent, indépendamment de la nature du signe.
Dans ces configurations, l’analyse strictement formelle du droit des marques montre ses limites. L’action en concurrence déloyale permet alors de recentrer le débat sur la réalité économique des comportements, en sanctionnant les effets concrets produits sur le marché, indépendamment des classifications ou des libellés.
-
Les procédures UDRP et mécanismes assimilés
Les procédures UDRP et mécanismes assimilés offrent une réponse rapide et opérationnelle aux conflits relatifs aux noms de domaine. Leur efficacité repose toutefois sur un cadre normatif volontairement restreint, centré sur des critères précis et cumulatifs.
Ces procédures ne permettent ni l’octroi de dommages et intérêts, ni l’appréhension globale de stratégies de parasitisme numérique structurées, notamment lorsque celles-ci s’inscrivent dans la durée ou impliquent une pluralité de noms de domaine, de sites miroirs ou de canaux de communication. Là où l’UDRP exige une démonstration normée de la mauvaise foi, la concurrence déloyale permet d’appréhender l’ensemble du comportement économique, ses effets sur le marché et le préjudice subi.
Pour en savoir plus concernant le cadre de la procédure UDRP, nous vous invitons à consulter notre guide précédemment publié.
Les conditions de l’action en concurrence déloyale appliquée aux noms de domaine
La concurrence déloyale, repose sur un triptyque désormais bien établi : une faute, un préjudice et un lien de causalité.
-
La caractérisation de la faute
La faute peut prendre plusieurs formes, fréquemment retenues par les juridictions :
- Parasitisme économique, notamment par l’enregistrement ou l’exploitation d’un nom de domaine s’inscrivant dans le sillage économique d’un acteur établi, afin de tirer indûment profit de ses investissements.
- Risque de confusion : La jurisprudence indique qu’indépendamment de l’existence d’un droit privatif et de toute exigence de distinctivité, la concurrence déloyale peut être retenue dès lors que l’usage d’un second nom de domaine crée, dans un contexte concurrentiel, un risque de confusion avec un nom de domaine antérieurement exploité. (Cour de cassation, civile, Chambre commerciale, 13 octobre 2021, n°19-23.597)
- Détournement de trafic par imitation de l’architecture, des contenus ou de la ligne éditoriale
Contrairement à certaines procédures administratives centrées sur la titularité des droits, la concurrence déloyale se concentre sur l’effet produit sur le public.
-
Le préjudice et la preuve du trouble commercial
Le préjudice caractérisé n’a pas à être chiffré de manière exhaustive. Les juges admettent largement la démonstration d’un trouble commercial, d’une perte de chance ou d’une atteinte à l’image, notamment lorsque le nom de domaine litigieux capte indûment une partie du trafic ou altère la perception du public quant à l’origine des services proposés.
Articulation stratégique des différents fondements
L’action fondée sur la concurrence déloyale ne constitue ni un recours de principe, ni une voie de droit supérieure aux autres mécanismes disponibles en matière de conflits relatifs aux noms de domaine. Elle s’inscrit dans une palette d’outils juridiques complémentaires, dont la mobilisation doit être appréciée au regard des circonstances propres à chaque dossier.
Selon la configuration du litige, la nature des droits invoqués, le comportement du titulaire du nom de domaine et les objectifs poursuivis, une action fondée sur le droit des marques ou une procédure extrajudiciaire telle que l’UDRP peut offrir une réponse pleinement satisfaisante, notamment lorsque l’atteinte est circonscrite et clairement caractérisée.
La concurrence déloyale trouve sa pertinence lorsque l’analyse révèle des agissements qui ne se laissent pas appréhender par une lecture strictement formelle du signe, mais traduisent un comportement économique global.
Conclusion
La concurrence déloyale ne répond pas à tous les conflits de noms de domaine, mais elle demeure une option de portée générale lorsque qu’un comportement révèle un comportement économique fautif.
Fondée sur la responsabilité civile délictuelle, elle offre une grille de lecture souple et transversale, permettant d’apprécier les situations au cas par cas, en tenant compte de la réalité des usages et de leurs effets sur le marché.
Le cabinet Dreyfus et Associés accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de la propriété intellectuelle.
Nathalie Dreyfus avec l’aide de toute l’équipe du cabinet Dreyfus
FAQ
1. Peut-on agir en concurrence déloyale sans être concurrent direct du titulaire du nom de domaine ?
Oui. La jurisprudence admet que l’existence d’un lien de concurrence directe n’est pas toujours exigée, dès lors que les agissements reprochés perturbent le jeu normal du marché ou causent un trouble économique identifiable.
2. Faut-il démontrer une intention de nuire pour caractériser la concurrence déloyale ?Non. La concurrence déloyale est une responsabilité civile objective : l’intention n’est pas requise. Seul compte le caractère fautif du comportement et ses effets économiques.
3. Un changement ultérieur de nom de domaine fait-il disparaître la faute ?
Non. La cessation des agissements n’efface pas rétroactivement la faute ni le préjudice déjà causé. Elle peut toutefois être prise en compte dans l’évaluation des dommages
4. La concurrence déloyale permet-elle d’obtenir le transfert du nom de domaine ?
L’action en concurrence déloyale ne permet pas, en principe, d’ordonner directement le transfert d’un nom de domaine. En revanche, le juge peut prononcer des mesures de cessation ou d’interdiction sous astreinte, pouvant conduire, en pratique, à l’abandon ou à la désactivation du nom de domaine litigieux.
5. Une concurrence déloyale peut-elle être retenue en l’absence de confusion avérée ?
Oui. En matière de concurrence déloyale, certains comportements, notamment le parasitisme économique, peuvent être sanctionnés indépendamment de tout risque de confusion, dès lors qu’ils traduisent une appropriation indue des investissements ou de la notoriété d’un opérateur.
Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.

