Introduction

La loi pour une République numérique du 7 octobre 2016 constitue la première pierre d’un encadrement structuré des plateformes en ligne en France. Elle a introduit des obligations de transparence, de loyauté et de responsabilité destinées à rééquilibrer le rapport entre plateformes, professionnels et utilisateurs.

Dans un écosystème aujourd’hui dominé par le RGPD et le Digital Services Act (DSA), ces obligations doivent être revues et actualisées. Nous proposons dans cet article une analyse complète sur le contenu réel des dispositions légales, et leur insertion dans un environnement juridique profondément transformé depuis 2016.

Les obligations structurantes imposées aux plateformes en ligne

Définition légale des plateformes en ligne

La loi pour une République numérique a introduit une définition précise des plateformes en ligne, codifiée à l’ancien article L.111-7 I du Code de la consommation. Sont considérés comme des plateformes, les services proposant, à titre professionnel, de manière rémunérée ou non, un service de communication au public en ligne reposant sur :

  • Le classement ou le référencement de contenus, biens ou services ;
  • La mise en relation de plusieurs parties en vue d’une transaction.

Cette définition couvre un spectre large : comparateurs, marketplaces, annuaires, moteurs de recherche, réseaux sociaux, services d’intermédiation.

L’objectif était clair : reconnaître la capacité d’influence majeure de ces opérateurs et instaurer un cadre protecteur fondé sur trois principes structurants : transparence, loyauté, responsabilité.

L’article L.111-7 I du Code de la consommation a été abrogé en 2022. La définition de référence est désormais celle du Digital Services Act, qui qualifie de plateforme en ligne tout service intermédiaire stockant et rendant accessibles des informations à la demande des utilisateurs.

Différenciation entre opérateurs

La loi distingue :

  • Les opérateurs de plateforme en ligne, soumis aux règles générales de transparence ;
  • Les opérateurs d’influence ou « hyperscale platforms », qui demeurent désormais principalement régulés au niveau européen par le DSA.

Cette structure permet de calibrer les obligations en fonction de l’impact économique du service.

Le renforcement de la transparence et de la loyauté

Le renforcement de l’obligation d’information

L’article L.111-7 du Code de la consommation impose aux plateformes d’informer les utilisateurs sur les critères déterminant le classement des contenus ou offres. Cette information doit être claire, intelligible et facilement accessible.

Cette obligation, novatrice en 2016, anticipait déjà les problématiques contemporaines de manipulation algorithmique et de transparence des systèmes de recommandation.

Indication de la nature de la relation contractuelle

Les plateformes doivent également indiquer si l’annonceur ou le vendeur agit en tant que professionnel, un consommateur ou un revendeur non certifié. Cela permet au consommateur de savoir si les dispositions prévues par le droit de la consommation s’appliquent.

Mise en évidence des contenus sponsorisés

La loi exige que les contenus sponsorisés soient identifiés de manière claire.
Cela préfigure les standards actuellement en place aujourd’hui, déterminés par :

  • L’ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité) pour les influenceurs,
  • Le DSA pour les services numériques,
  • La jurisprudence constante sur la publicité dissimulée.

La responsabilisation accrue des acteurs numériques

Mécanismes de signalement

La loi impose aux plateformes la mise en place un dispositif facilement accessible aux utilisateurs, permettant de signaler tout contenu illicite, notamment toute contrefaçon, incitations à la haine, atteintes à la vie privée ou encore, fraude commerciale.

Cette obligation complète le régime des hébergeurs issu de la Loi pour la confiance dans l’économie numérique du 21 juin 2004 (LCEN), en imposant une réactivité renforcée.

Communication des informations précontractuelles

De plus, une plateforme, lorsqu’elle met en relation des professionnels, vendeurs ou prestataires de service, avec des consommateurs, doit également mettre à leur disposition un espace afin qu’ils puissent communiquer aux consommateurs les informations précontractuelles énumérées aux articles L. 221-5 et L. 221-6 du code de la consommation. I

Information loyale sur les avis en ligne

Depuis le décret du 29 septembre 2017, qui est venu préciser les obligations énoncées par la loi pour une République numérique, les plateformes affichant des avis doivent préciser les modalités de modération, l’existence éventuelle d’une contrepartie et la méthodologie de vérification.

Ces obligations visent à limiter les faux avis, un enjeu majeur relevé tant par la DGCCRF que par les juridictions françaises.

L’articulation avec les règlementations récentes

Compatibilité avec le RGPD

La loi pour une République numérique a ouvert la voie à une meilleure protection des données personnelles, désormais entièrement régie par le RGPD.

Les plateformes doivent garantir :

La loi pour une République numérique a été absorbée par ce cadre européen, tout en conservant ses obligations supplémentaires de transparence économique.

Complémentarité avec le Digital Services Act

Le DSA, entré en application en 2024, a consolidé au niveau européen un régime large et contraignant pour les plateformes. Il vient notamment imposer une responsabilité accrue aux plateformes quant à la modération des contenus illégaux ou causant un préjudice. Ils doivent ainsi mettre en place des mécanismes permettant de détecter et supprimer ce genre de contenu, sous peine de recevoir des sanctions.

Toutefois, la Loi pour une République numérique demeure pertinente, et complète le DSA, concernant :

  • Les obligations de loyauté économique,
  • L’encadrement des avis,
  • L’information des consommateurs.

Contrôle et sanctions

Les autorités compétentes incluent la DGCCRF, la CNIL, l’Arcom et les juridictions civiles et pénales. Les sanctions peuvent inclure des amendes significatives, des mesures correctives, voire des interdictions temporaires d’exercice.

Perspectives pratiques pour les professionnels

Les entreprises exploitant une plateforme en ligne doivent aujourd’hui articuler plusieurs couches normatives : loi pour une République numérique, LCEN, RGPD, DSA, Code de la consommation.

reglementation plateforme

Pour assurer une conformité robuste, les entreprises doivent :

  • Cartographier leurs obligations légales et européennes ;
  • Documenter les critères de classement ;
  • Renforcer la transparence algorithmique ;
  • Structurer les procédures de modération ;
  • Anticiper les demandes des autorités ;
  • Revoir les CGU, politiques de confidentialité et mentions d’information.

Conclusion

La loi pour une République numérique demeure un socle essentiel pour encadrer les plateformes en ligne. Elle structure un environnement fondé sur la transparence, la responsabilité et la protection des utilisateurs, aujourd’hui renforcé par le RGPD et le Digital Services Act. Les entreprises doivent désormais adopter une approche intégrée combinant conformité juridique, gouvernance algorithmique et protection des consommateurs pour sécuriser leurs activités numériques.

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FAQ

1.Une plateforme peut-elle être responsable d’un contenu publié par un utilisateur ?
Oui. Une plateforme devient responsable si elle ne retire pas rapidement un contenu manifestement illicite après en avoir été informée.

2.Un utilisateur peut-il contester une décision de suppression de contenu prise par une plateforme ?
Oui. Les plateformes doivent prévoir un mécanisme interne de réclamation, permettant à l’utilisateur de contester une suppression ou un déréférencement. Depuis le DSA, ce recours doit être accessible, motivé et offrir une possibilité d’examen par un humain.

3.La loi française permet-elle d’exiger d’une plateforme la communication de l’identité d’un utilisateur auteur d’un contenu illicite ?
Oui, mais uniquement dans un cadre strict. L’identification d’un utilisateur ne peut être ordonnée que par une autorité judiciaire, sur requête d’une partie victime ou du ministère public, lorsqu’il existe des indices sérieux d’un contenu illicite. Les plateformes doivent alors transmettre les données techniques disponibles (IP, logs, coordonnées déclarées).

4.Une plateforme établie hors UE doit-elle respecter la loi française lorsqu’elle cible des utilisateurs en France ?
Oui. Dès lors qu’elle cible le marché français ou européen, elle demeure soumise à la législation locale.

5. Quelles bonnes pratiques recommander aux exploitants de plateformes en ligne ?
Il est essentiel d’adopter une approche globale de conformité, intégrant à la fois le droit national et le droit européen. Cela implique notamment de documenter les critères de classement, de renforcer la transparence des pratiques commerciales, de structurer les procédures de modération, de fiabiliser la gestion des avis en ligne et de mettre régulièrement à jour les CGU, politiques de confidentialité et mentions d’information.

Cette publication vise à fournir des conseils généraux au public et à mettre en évidence certaines questions. Elle n’est pas destinée à s’appliquer à des situations spécifiques ni à constituer un avis juridique.